Modération ou capitulation ?
Cela fait quelques temps qu’un arrière-goût de rance traine au fond de ma gorge lorsque je lis l’actualité du jeu vidéo.
Cela a commencé avec la polémique autour de Manhunt 2 qui se voyait censuré car jugé trop violent.
Des esprits bien pensants considèrent certainement qu’un film comme “La colline a des yeux” est moins dérangeant ? Comment se fait-il que le cinéma bénéficie d’une tolérance dont n’a pas droit le jeu vidéo ? On pense peut-être que le fait d’appuyer sur une touche de clavier fait du joueur un criminel en puissance…
Cela continue avec une toute récente affaire concernant Frontlines Full of war et les affiches de la campagne présidentielle française présentes dans la version bêta du jeu. Ce qu’il y a surtout de choquant, c’est que l’info a été révélée dans les colonnes mêmes du forum du jeu pour être effacée. Les textureurs seront-ils chatiés ?
La polémique commence à poindre, faite de censures, de révélations et d’indignations… On imagine déjà les coups de mentons, les poings sur les hanches des promoteurs du politiquement correct… affaire à suivre.
Cela finit enfin par Faith Fighter, édité par Molleindustria, utilisant les personnages emblématiques des différentes religions pour faire un jeu de combat au départ bien sympathique. Je sais que ma position est bien française, attachés que nous sommes à une certaine idée de la laïcité. Malgré tout, ce qui, au départ, est un jeu plutôt réjouissant devient finalement un pur produit consensuel, un truc qui veut plaire à tous prix et ne pas choquer.
On tombe sur une page (que je mets ci-dessous au cas où elle disparaîtrait) prévenant bien, en ces jours troublés par l’intolérance, que le jeu qui suit n’est pas le produit du racisme et un pousse-au-crime. Et, cerise sur le gâteau, la possibilité de jouer à une version censurée qui ne jetterait pas à nouveau des milliers de croyants dans la rue criant au meurtre.

Le jeu vidéo n’aura peut-être jamais ce pouvoir qu’a un livre, une peinture, un opéra, un film : celui de déranger, bousculer les consciences et ainsi nous aider à nous connaître et nous définir vis-à-vis d’autrui. Quand aura-t-il cette noblesse d’oublier le fric et la censure pour être le vrai terrain d’une expression ?
Ne nous y trompons pas, produit culturel, le jeu vidéo devient ici l’instrument d’influences, de pouvoirs.
Pour ne pas faire de remous, remplir les portefeuilles bien comme il faut, on nous sort les mêmes galettes partout, fait avec du beurre et des oeufs lyophilisés, du lait pasteurisé, de la farine transgénique et de l’asparthame.
Plus rien de naturel, des ingrédients fait par des robots pour supprimer les vrais saveurs du monde.



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